19 août 2018 - Le grand Jour

Updated: Sep 13, 2018

J’ai eu la chance de partir tôt pour Tremblant, je me suis posée dans le condo d’un ami en dehors du village pittoresque. J’ai donc eu à chaque matin une vue sur le lac à mon réveil. Celui où j’allais devoir nager le fameux 3,8k. J’ai donc fait mon taper à cet endroit.

Le taper c’est le moment de ton entraînement où tu augmentes ton apport en glucides pour aller bourrer ton corps d’énergie et où il y a encore des entraînements mais sans intensité, on maintient les acquis et on se repose, ENFIN! Le taper dans mon cas arrive une semaine avant mon événement.


5 jours avant la course je m’installe dans le village, tout est en branle pour le grand événement, tous les athlètes doivent s’être enregistrés avant le vendredi 16 heures. Le vendredi soir nous sommes tous conviés à un banquet, on va nous y servir des pâtes et des patates, vive le carb loading!


C’est aussi notre réunion d’avant course avec les explications des règlements, le circuit, bref le déroulement de cette longue journée. On nous présente aussi des vidéos des courses des années précédentes j’y verserai mes premières larmes…du week-end et ce sera un long week-kend.


Le samedi matin nous avons au programme une petite activation, 25 minutes de course. Je le fais avec mon partenaire d’entraînement Simon. Les feelings sont bons et je suis bien accompagnée. On doit aller porter nos vélos dans la zone de transition et nos sacs avec notre matériel pour les transitions. Un souper spaghetti en famille dodo à 10 heures le cadran sonne à 3h30 am.

J’ai réussi à bien dormir je sais que je suis prête, que j’ai bien fait mes devoirs et que cette journée est la mienne. Alors mes parents et mon beau-frère viennent me rejoindre à ma chambre nous partons ensemble à 5 heures du matin, avec ma gang qui arbore le magnifique chandail TEAM ANDRÉANNE ainsi que la casquette. Mes parents sont fébriles, même inquiets. Mais je leur demande de garder leurs émotions car les miennes sont déjà à gérer. Ce sera la première fois que je vais ressentir le stress. Dans les derniers jours j’étais complètement calme et zen.


L’objectif de la journée : terminer entre 12 et 13 heures.


Je suis prête, tout est en place, nous marchons donc vers la plage. Il y a tellement de brouillard que le départ est retardé de plus d’une heure. Le problème avec ce retard c’est le plan de nutrition qui ne tient plus. Je dois manger à des heures précises et après des moments d’efforts précis. Mais comme je ne peux rien y changer je choisis de rester auprès de ma famille et amis et je reste zen. On nous annonce enfin le départ. Il faut à ce moment prendre place dans le corral de temps que nous prévoyions faire. Je me positionne dans le corral 1h15-1h20 avec mes boys. Je dis avec mes boys parce que je suis la seule fille de mon club sur la ligne de départ pour IM Tremblant.


Le brouillard est si intense que je ne vois pas les bouées. Elles ont une distance de 100M entre chaque mais c’est trop loin avec le brouillard pour pouvoir les voir. Ma force en eau libre c’est le repérage. Je nage naturellement droit et comme je fais un bon repérage en nageant je suis une machine de guerre de ne pas me rallonger inutilement, mais pas ce matin-là. Tout le monde va dans tous les sens, je mange des coups de poings dans mes lunettes, je pousse des gens, je kick de toutes mes forces pour déranger celui qui essaie de m’embarquer dessus par les pieds.


Je sors de l’eau : 1h24


Pour moi la natation c’est un long warm-up je n’avais pas prévu qu’il allait durer plus de 1h20 et que j’allais nager près de 4000M à cause du brouillard. On sort de l’eau je me fais enlever mon wetsuit et je me dirige vers le zone de transition. J’ai pris le temps de serrer ma famille et amis dans mes bras et de dire à mon coach : Plus long que prévu mais je vais bien!

Je ferai une longue transition de plus de 9 minutes, je dois m’essuyer et mettre mes vêtements de vélo, m’assurer d’avoir ma bouffe pour le 180k et rejoindre mon vélo à la course. Je pars j’ai un bon feeling je connais le plan match par cœur. Mon plan de nutrition est collé sur mon vélo je sais ce que j’ai à faire aux 15 minutes près. À 72 km tout bascule. Je fais une chute. Je ne chute pas en vélo. Je tombe quand la personne devant moi me rentre dedans, la chute est lente car nous sommes dans une montée.

Mais je me retrouve le genou en sang, le coude, j’ai mal au pied gauche qui n’a jamais déclippé et j’ai une douleur atroce du pouce droit jusqu’au poignet. Rapidement une équipe intervient on veut faire venir le médical et moi je veux repartir au plus vite. Ma force c’est le vélo, mon coup de cœur c’est le vélo. Mes jambes tremblent comme jamais, alors je n’écoute pas les consignes, je regarde ma bouffe dévaler la pente et j’ai vraiment encore une fois envie de pleurer.


Je monte à pied à côté de mon vélo, je tente de me ressaisir. Je remonte en selle, je vois ma famille, je dois prendre le demi-tour pour repartir pour la 2 ième boucle. Je dois arrêter au km 92 pour le special needs ça c’est quand ça va pas trop bien et que tu as besoin de prendre quelque chose que tu as mis dans ton sac que tu ne reverras jamais par la suite et que tu ne pourras pas récupérer après la course non plus.

Je ramasse de la bouffe, je bois un coke en deux gorgées je veux des Advil mais c’est trop long alors too bad j’ai assez perdu de temps je repars. Je vais pleurer encore sur plusieurs kilomètres. Je ne suis pas arrivée à reprendre mentalement le dessus sur la chute. J’étais prête à tout, des crevaisons, le froid, la pluie, la chaleur, mais pas une chute.


Temps de vélo : 7h07 une vraie catastrophe!


Je ferai une transition 2 en plus de 12 minutes, C’est long très long, mais j’ai mal au pied gauche dû à ma chute et j’ai aussi mal a ma main. J’apprendrai à mon retour à Québec que j’ai une entorse au poignet droit et une entorse au pied gauche. Mais je dois maintenant courir un marathon!


Je n’ai jamais couru de marathon mais j’ai déjà fait 2x15k dans une même journée. Je suis désespérée j’ai mal au pied gauche c’est terrible. J’ai du Naproxen 500mg dans mon sac de transition mais avec mon pouce blessé je ne suis même pas en mesure d’ouvrir la bouteille.

Je dois demander l’aide de la bénévole qui n’approuve pas que je prenne cet antidouleur. Mais je ne suis pas là pour argumenter. Je sors de la tente, premier arrêt pipi et c’est parti. À ce moment je suis gagnée par l’émotion car je sais que je serai une Ironman car j’ai suffisamment de temps pour arriver avant 1 heure du matin même en marchant.


Car on ne parle plus de minuit mais bien de 1 heure du matin vu le retard du départ. Fais ce que tu veux mais tu as exactement 17 heures pour passer le finish sinon tu es DNF.

Je pars je croise des amis, ma famille, ma soul friend ( mon amie qui fait son doctorat en psychologie sportive ) son chum, ma belle amie enceinte et son chum avec son costume de Monster Cookie et mon coach. Parce que je te l’ai pas dit avant mais je me suis aussi engagée avec un coach en privé. Question d’avoir un plan d’entrainement sur mesure et adaptable avec le travail en toutes circonstances et surtout un plan selon ma progression et mes capacités.


Lors d’un entraînement cet été il m’a demandé si je me souvenais ce que je lui avais dit lors d’un de mes premiers training avec le club. Je lui ai répondu que non et il m’a dit : Tu m’as dit que entre toi et moi ça allait être une relation amour/haine.

Eh bien voilà c’est réglé. C’est de l’amour et de la haine à perpétuité. Parce qu’il y a des semaines, des jours, des heures plus difficiles que d’autres. Des petites victoires suivies de coups de fatigue terrible, on doit même parfois faire un pas en arrière pour revenir plus fort.


Mais surtout il faut faire confiance, confiance au plan au build up, que la distance s’accumule dans ton corps de la bonne façon, que son expérience à lui sera bénéfique pour la tienne le jour venu. Pas facile, vraiment pas toujours facile. On s’est chicanés, pardonnés, obstinés, réconciliés, accordés et désaccordés mais ce jour-là rien de tout ça n’a d’importance. Parce que le temps et la confiance a fait son œuvre.


Je n’ai pas été en mesure de parler à personne que j’ai vu ou presque. Dans mon plan je les prenais dans mes bras pour les aimer, pour mettre un baume sur mes choix, qui les ont affectés dans la dernière année. Mais vu la douleur seuls les pleurs et un petit signe de la main désespéré pouvait passer.


Ma soul friend m’a donné le meilleur conseil dans la première côte à franchir en brandissant un toutou de licorne, parce que j’ai le droit d’aimer les licornes. « C’est quoi ton objectif? «

J’avais séparé la course en 4 portions de 5 km nous devions faire 2 boucles. Je lui ai donc répondu me rendre sur la piste cyclable le Petit Train du Nord ce qui voudrait dire que j’allais avoir fait un premier 5km dans les côtes, les fameuses côtes. Mon objectif à ce moment n’est même pas de penser au finish line je dois focusser sur de petits objectifs atteignables rapidement.


Elle m’a dit ta chute à vélo est passée alors go vers ton objectif, tu es dans le moment présent alors reste là!


Je me suis sentie nouvelle, et là j’ai pu me ressaisir. Et j’ai couru, couru pendant 42 km. Après mon premier 21 km j’ai crié de toutes mes forces à mon monde que j’allais rentrer mon marathon en 4h30. Après 180k de vélo c’était une commande costaude et surtout que je n’ai jamais franchi cette distance et que j’ai mal, rappelle toi.


J’ai remonté à la course 217 femmes une après les autres. Jamais je n’ai autant entendu de :

You’re awesome,

Nice pace,

Good Job, de ma vie.


Les gens marchaient d’épuisement et moi je gardais le pace. Je ne suis pas une coureuse de grands talents mais dans la dernière année j’ai amélioré ma VAM de 1,5 point et j’ai fait mes meilleurs temps de course à vie. Je récolte enfin! Après cette difficile journée, après avoir peut-être pris pour acquis le 180k de vélo. Je ne sais pas…


J’aurai fait une gestion de la course à pied parfaite. Je devais prendre un jujube à chaque 3k de course. Mais à 12k je ne suis plus capable de manger les jujubes que j’aime tant. Il faut savoir que le système digestif sur des épreuves d’endurance comme celle-ci fait un shut down à un moment donné. Alors comme on avait prévu le tout je sais la quantité de glucides que je dois consommer et surtout je savais ce que j’allais trouver sur les tables de ravitos. Alors j’ai mangé des oranges, bu du Pepsi flat, mangé des bretzels et je me suis assurée aussi de maintenir un bon apport en sel. Je marche les ravitos pour être certaine de bien boire et manger. Je prends entre 45 secondes à 1 minute à chaque fois à la marche.


Au km 40 mes amis sont là je sais que ma famille m’attend au fil d’arrivée. Ils courent avec moi. Je suis fébrile mais je ne pleure pas encore. Je ne pleure pas parce que je sais qu’il me reste 2 côtes à monter. Je suis fatiguée, j’ai hâte de terminer mais la job est pas finie. Je monterai au pas de course ces 2 dernières côtes et débuterai ma descente dans le village.

Si tu n’as jamais vu ça il y a du monde partout, tout le monde crie c’est beau, c’est bon. Je vois mes autres amis, mon coach mais un peu en retard alors je n’arrête pas, une fois de plus ce n’était pas le plan. J’entends mon coach me dire : ralentie, enjoy le moment. Je n’écoute pas je descends aussi vite que c’est possible après l’accumulation de tous ces kilomètres et là je pleure ma vie. Je te dirais même que je me lamente en pleurant.


J’aurai fait à mon premier marathon en 4h32. Dans le meilleur des cas on visait 5 heures. Alors j’ai su me ressaisir et finir ma journée en me relevant comme je me devais de le faire pour faire honneur à tout le travail de la dernière année, des dernières années.

La pression tombe, mais en même temps je tremble de tout mon corps. J’arrive devant le grand tapis Ironman je m’arrête sec devant le tapis. Je prends le temps de bien ancrer mes deux pieds sur celui-ci et je marche les 10 mètres restants. Là je vais prendre le temps… Je passe la ligne, mon chrono s’arrête. Le temps s’arrête aussi. Et j’entends de la part du célèbre Mike Riley : Andréanne Germain YOU ARE AN IRONMAN!


Ca y est je l’ai fait. J’ai vaincu cette longue journée. Parce que plus la journée est longue plus il risque d’y avoir des problèmes et des problèmes il y en a eu.

On me remet ma médaille un bénévole te suit quelques minutes pour être certain que tout va bien avec chaque athlète. Mes amis Jonathan et Simon qui ont aussi fait la course entrent dans la zone réservée aux athlètes pour venir me féliciter. Je suis contente de voir mes boys et d’apprendre que mon ami Jonathan a terminé troisième dans son groupe d’âge.


Je suis sortie rapidement de ce chapiteau, parce que ce que je voulais c’était aller voir ma famille et mes autres amis. J’ai reçu une dose d’amour exponentielle à cette longue journée. On se prend dans nos bras, on est fiers, on a été une équipe toute la journée. C’était toute une émotion pour eux aussi. Surtout lorsqu’ils ont pris conscience de ma chute à vélo. Ce 19 août 2018 restera à jamais gravé dans notre mémoire, c’est une empreinte que nous aurons tracée ensemble dans nos vies. Nous l’aurons vécu à notre façon. Ma mère avait peur de la natation, mon père avait peur du vélo et moi j’avais peur pour la course.


Rapidement après avoir terminé je dirai : Je vaux mieux que ce 13h27. Je reviendrai me battre ici à Tremblant pour prouver ce dont je suis capable! Je crois que là c’était trop rapide pour eux!


Tu peux voir mon vidéo de race recap 22 minutes d'émotions dans ma section vidéo!


BLOC NOTES :

· Le courage ne se mesure pas quand tout va bien, mais quand tout est compliqué.




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